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Si vous demandez à un jeune Japonais d’aujourd’hui ce que signifie le mot « Geïdo », il risque de caler. Cette expression ancienne et quelque peu oubliée désigne la double voie des armes et des arts que tout samouraï digne de ce nom se devait de suivre. Pendant plus de sept siècles, les vrais chevaliers nippons apprirent parallèlement : le maniement du sabre, la calligraphie, la danse, la poésie, le Zazen et l’ikebana . Cette volonté d’apprentissage du “geste juste”dans ses formes les plus complètes et les plus élevées est devenue légendaire. Par exemple dans la saga de Miyamoto Musashi - dont on reconnaissait la signature inimitable à sa façon de trancher une rose. Ou dans le mythe de Sekyun, le samouraï qui, après son soixantième combat victorieux, renonça soudain à tuer et mit toute son énergie à transformer son art de mort en art de vie. Cela se passait au 18° siècle. Il allait falloir attendre encore cent cinquante ans, avant que cette métamorphose se généralise et que presque n’importe qui comprenne qu’un « art martial » est une sublimation des disciplines guerrières de l’homme ancien. Désormais au service des gestes de vie.
Maintenant, si vous demandez à un jeune Français ce qu’étaient les « Académies d’équitation » du 17° siècle, vous risquez de ne pas trouver de réponse non plus. Il sera un peu plus excusable que son homologue Japonais : cette institution géniale n’a duré qu’un petit siècle. Encouragée par Montaigne, instituée par Richelieu, elle offrait aux jeunes chevaliers français une formation tout aussi holistique que le Geïdô. Mais ces Académies ne purent tenir le coup, face à la dispersion échevelée de l’esprit moderne, tout à son industrieuse spécialisation.
Au 21° siècle, l’ambition des successeurs des samouraïs-chevaliers est de retrouver cette éducation simultanée du corps, de l’esprit et de l’âme, mais avec un esprit libertaire !