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A LIRE!! IMPORTANT!! 11:48 27/10/08
http://www.leseditionsromaines.com/
http://www.boursorama.com/forum/message.phtml?file=379298898&pageForum=7
Pascal Roussel, analyste en produits dérivés au sein du Département des
Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Les
opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflète pas
nécessairement l’opinion de la BEI ou de son management.
A cause de la crise devra-t-on payer un jour son pain en bancor ?
Il s’agit là d’un titre volontairement déconcertant voire provocateur.
Mais l’investisseur le plus performant n’est-il pas celui qui est
parvenu à anticiper le plus correctement l’avenir le plus lointain ? Et
comment prévoir cet avenir si ce n’est en identifiant, au premier stade
de germination, des tendances qui s’inscrivent dans une logique
historique ?
Le but premier de cet article est de susciter une réflexion sur base
d’une information exacte. Il s’appuie sur le postulat explicité dans
d’autres articles, que la crise monétaire et financière actuelle n’en
est qu’à ses débuts et sera d’une exceptionnelle gravité. In fine,
c’est au lecteur de tirer ses propres conclusions.
Les marchés mondiaux intimement liés à la valeur des grandes monnaies
Le fait que les marchés financiers n’aient pas de frontières est un
truisme bien connu. En plus cette interconnexion a des conséquences
cachées dans l’économie réelle. Avant tout, il est essentiel de
comprendre à quel point, dans notre monde financier totalement
globalisé, une banque centrale à elle seule ne peut plus rien faire
pour soutenir sa monnaie où l’économie de son pays.
Prenons juste deux exemples parmi beaucoup d’autres.
En mars 2008, A. Bollard gouverneur de la banque centrale de Nouvelle
Zélande, déclarait lors d’un symposium organisé par la banque centrale
française: « D’un point de vue de la politique monétaire, la décennie
précédente a mis en évidence certains des défis que nous rencontrons en
essayant de mener une politique monétaire indépendante dans un monde
connecté ». Ce même gouverneur déclarait un an auparavant devant le
Wellington Regional Chamber of Commerce : «Compte tenu de nos taux
d’intérêt relativement élevés, la Nouvelle Zélande a attiré une
quantité disproportionnée de liquidités globales ces dernières années,
ce qui a induit des pressions haussières sur le dollar Néo-Zélandais
malgré un déficit courant relativement large. Le résultat a été une
excellente affaire pour les néo-zélandais qui souhaitent emprunter ».
Pourquoi A. Bollard a-t-il dit cela ? Début 2008, l’économie
néo-zélandaise dépend à 30% de l’export, accuse un déficit courant de
8% du PIB et l’inflation des prix est à 3,2%. En principe dans ces
conditions, le dollar néo-zélandais (NZD) ne devrait pas intéresser les
investisseurs. La banque centrale a tenté l’impossible : afin de lutter
contre cette inflation des prix, elle a fait monter les taux courts et
pour soutenir l’exportation. Elle essaye aussi de maintenir le taux de
change du NZD à un niveau acceptable. C’est une situation très
favorable pour les investisseurs en « yen carry trade » qui empruntent
du yen quasi gratuit, le change en NZD et profitent des taux courts
élevés et du taux de change stable. Cela crée une spirale vicieuse :
une demande anormalement élevée en NZD (compte tenu du déficit
néo-zélandais) oblige la banque centrale à en émettre encore plus ce
qui entraîne une inflation encore plus forte. Les banques ainsi gavées
de NZD prêtent volontiers. Et les prix de l’immobilier flambent sous
l’effet de cette émission perpétuelle de NZD via des crédits faciles.
Autrement dit le prix de l’immobilier néo-zélandais était lié à une
éventuelle décision des autorités monétaires à Tokyo de freiner le yen
carry trade en remontant les taux d’intérêts du yen !
Prenons un deuxième exemple pour illustrer l’interdépendance des
bourses américaines et japonaises ainsi que le rôle majeur des marchés
monétaires. Signalons d’abord que contrairement aux bourses, le marché
monétaire ne s’arrête jamais et fonctionne 7j/7. Sur ce marché, on
échange quotidiennement l’équivalent de 3200 milliards de USD dont 450
milliards de USD entre le Yen et le USD. La bourse japonaise qui est
dominée par des sociétés exportatrices dont la moitié des bénéfices est
exprimée en USD, est donc logiquement fortement influencée par le taux
de change Yen/USD. Lorsque le USD faiblit face au yen, les profits de
ces sociétés japonaises baissent et le Nikkei-225 plonge.
Voyons le cas d’une baisse de la bourse américaine qui entraîne une
fuite des USD vers les obligations gouvernementales US ce qui entraîne
donc une diminution des taux longs et un affaiblissement du dollar face
au yen. En conséquence cette perte de valeur du USD fait plonger la
bourse japonaise et les yens quittent le Nikkei pour se réfugier vers
les obligations gouvernementales japonaises (JGB) et entraînent donc
vers le bas, les taux longs en yen. Cette action rend les taux longs US
comparativement attractifs. Les yens repartent alors vers le dollar. Ce
couplage est encore amplifié par le tristement célèbre « yen carry
trade » dans lequel des investisseurs empruntent en yens à taux ultra
bas, convertissent cet emprunt en USD pour l’investir sur la bourse
américaine. L’opération est rentable si la bourse grimpe et si le
dollar se renforce face au yen. Inversement si la bourse US baisse, le
« yen carry trade » se déboucle, les investisseurs amplifient la baisse
en vendant des actions américaines pour reconvertir le produit de cette
vente en Yen et ainsi affaiblir le USD face au yen ce qui amplifie le
mécanisme décrit plus haut.
On comprend l’aveu d’impuissance exprimé par A.Bollard: dans un monde
financier aussi interconnecté, une banque centrale seule ne peut plus
rien faire sans une coordination avec les autres banques centrales. Si
tant est qu’une banque centrale puisse réguler correctement quoi que ce
soit. C’est ce genre d’interdépendance qui fait dire à certains qu’il
faudrait « un véritable régulateur mondial ».
Mais avant d’essayer d’exposer le point de vue de ceux qui estiment que
les grandes institutions financières doivent être réformées, il n’est
pas inutile de faire un bref rappel historique sur les circonstances de
leur apparition et leur raison d’être à l’époque. En effet, c’est en se
basant sur les différences ou les ressemblances entre le contexte de
l’époque et la situation actuelle que l’on pourra voir la pertinence
des réformes envisagées. Signalons que tous les documents évoqués dans
cet article sont disponibles sur les sites web des institutions qui les
publient.
La suite de l’article se lit en deux étapes :
* Premièrement je crois nécessaire de présenter les pièces du
puzzle au risque de voir le lecteur se demander où je veux en venir.
* Dans une deuxième phase je montrerai comment ces pièces pourraient s’emboiter dans une même logique historique.
Deux « think tank » très influents
Commençons par introduire deux organisations qui ne sont pas forcément
connues du « grand public » mais dont l’influence est prépondérante
dans l’histoire de la finance. Il ne s’agit naturellement pas de verser
dans le conspirationisme primaire mais bien de présenter deux puissants
lobbyistes. Précisons d’emblée que l’objectif n’est pas d’émettre une
quelconque opinion mais simplement de permettre au lecteur de mieux
évaluer, plus loin dans l’article, la pertinence des recommandations
que ces organisations publient.
Council on Foreign Relations (CFR)
Le CFR est une organisation, fondée en 1921 sous le patronage de la
banque Morgan et de la famille Rockefeller. Le CFR déclare vouloir
aider à mieux comprendre le monde et la politique étrangère des USA et
d’autres pays. Le CFR publie un magazine, Foreign Affairs qui est vendu
dans le monde à 125 000 exemplaires. Il possède aussi un “think tank”
qui se nomme le “David Rockefeller Studies Program ».
Plus de 200 multinationales financent le CFR à hauteur de plus de 7
millions de dollars par an. Il comprend 4200 membres et emploie 50
chercheurs. Les membres du CFR font partie de la plus haute élite.
Parmi ceux qui ont été membres (ou le sont encore) notons par exemple,
G. Bush (père), H. Kissinger, Z. Brzezinski, Dick Cheney, le légendaire
G. Soros, deux anciens présidents de la Fed, Volcker et Greenspan,
l’actuel président de la Banque Mondiale, R. Zoellick,…etc. Le CFR est
intimement lié au « Peterson Institute for International Economics »
qui est un institut privé dédié à l’étude des politiques économiques
internationales. Il fut fondé en 1981 par C. Fred Bergsten,
anciennement Secrétaire adjoint aux affaires internationales du
Département du Trésor américain. Il est le directeur de l'institut
depuis sa création. Le président de cet institut, Peter G. Peterson,
est également le Senior Chairman du CFR. Parmi les illustres membres du
bureau des directeurs on notera, entre autres, D.Rockefeller et les
deux anciens patrons de la FED, P Volcker et A.Greenspan ainsi que
l’actuel gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet.
Signalons qu’en octobre 2007, un « European Council on Foreign
Relations » a été constitué soutenu par le Soros Foundations Network.
Il comprend une cinquantaine de membres illustres comme G.Soros, C.
Ockrent, J.L. Dehaene et Dominique Strauss-Kahn, l’actuel président du
FMI. Officiellement il n’y a aucun lien direct avec le CFR.
The Trilateral Commission
C’est en juillet 1973 que David Rockefeller, à l’époque président du
CFR, fonde, avec Volcker et Greenspan, un autre groupe de réflexions,
la Commission Trilatérale. Les membres sont à la hauteur de
l’impressionnant carnet d’adresses de son fondateur. Regroupant 300 à
400 personnalités parmi les plus distinguées et influentes – hommes
d’affaires, politiciens et décideurs intellectuels – de l’Europe
occidentale, de l’Amérique du Nord et de l'Asie Pacifique, son but est
de promouvoir et construire une coopération politique et économique
entre ces trois zones clés du monde, pôles de la Triade. On notera par
exemple parmi les personnalités qui sont ou ont été membres : H.
Kissinger, Z. Brzezinski, R. Barre, F. Bayrou, G. Bush (père), J.
Carter, D. Cheney, B. Clinton, L. Fabius, …etc.
Naissance de la Fed
Le fait que des banques centrales soient nécessaires pour tenter de
réguler les marchés monétaires en intervenant sur les taux d’intérêt à
court terme et sur les taux de changes semblent une évidence pour la
plupart. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Ainsi par exemple
l’apparition de la Fed, en décembre 1913, a fait l’objet de beaucoup de
polémiques au début du 20ème siècle. Comme le dollar est la monnaie
mondiale de réserve, la Fed joue un rôle central dans la finance.
Revoyons donc brièvement comment cette banque centrale est apparue.
Le député Charles A. Lindbergh Sr., père du célèbre aviateur du même
nom, déclara au lendemain du vote de la loi instaurant la Fed: « Cette
loi établit le plus grand trust sur terre. Lorsque le Président Wilson
signera cette loi, le gouvernement invisible des puissances monétaires
sera légalisé… Le pire crime législatif de tous les temps est perpétré
par cette loi bancaire et monétaire ».
En pleine dépression, en 1932, le député Louis T. McFadden, président
pendant 12 ans du « Committee on Banking and Currency » et farouche
adversaire de la Fed déclara : « Certaines personnes croient que les
banques de la Réserve Fédérale sont des institutions gouvernementales
américaines. Ce ne sont pas des institutions gouvernementales. Ce sont
des monopoles de crédit privé qui font leur proie du peuple des
États-Unis pour leur bénéfice personnel et celui de leurs escrocs
étrangers ». On le voit, la notion de banque centrale était donc très
mal vue par certains, farouchement attachés à l’indépendance des Etats
et des banques. Ainsi jusqu’en 1913, plusieurs tentatives pour établir
une banque centrale avaient échouées.
Mais quelle était la situation en 1913 ?
30% des banques étaient autorisées par le gouvernement fédéral à
émettre leurs propres dollars adossés à des obligations du gouvernement
fédéral. Quoique différents, ces dollars étaient interchangeables. Ces
banques dites nationales (bien que privées) devaient maintenir un
niveau minimum de réserve sous formes d’obligations gouvernementales et
de cash. Pour les autres, le niveau de réserve était libre. Dans chaque
grande ville, il y avait des « banques de réserve » qui contenaient une
partie des réserves des banques nationales autour de cette ville. Si
une banque nationale était à court de réserve, elle s’adressait à sa
banque de réserve. Si celle-ci n’avait plus assez de fonds, la banque
nationale faisait faillite et cela entraînait une crise. Certaines
banques nationales étaient gérées plus prudemment que d’autres et
gardaient suffisamment de réserves pour anticiper les fluctuations de
la valeur des obligations gouvernementales et aussi les retraits
saisonniers en cash (pour permettre par exemple aux agriculteurs
d’acheter des graines).
En 1907, la Mercantile National Bank of New York City, avait décidé de
spéculer afin de prendre le contrôle du marché du cuivre tenu par
Rockefeller. Celui-ci vendit des tonnes de cuivre sur le marché et mit
cette banque nationale en difficulté. Un climat d’inquiétude s’est
alors répandu. Des rumeurs se sont mises à circuler sur un lien
possible entre les dirigeants de la 3ème banque d’affaires,
Knickerbocker et la Mercantile National Bank of New York City. La
National Bank of Commerce liée à JP Morgan a annoncé son refus de
prêter à Knickerbocker pourtant en bonne santé financière. Cette
information a ensuite été publiée par la presse de JP Morgan et a
provoqué une ruée des clients de Knickerbocker pour récupérer leur
argent. Il est alors apparu que la direction de Knickerbocker était
liée à la 2ème banque d’affaires, la Trust Company of America qui fut
elle aussi victime d’une ruée de ses clients. Retenons qu’une rumeur
sur la santé financière d’une grande banque d’affaires fut le point de
départ de la crise de 1907.
On observe donc qu’il y avait plusieurs sortes de dollar dans un même
pays et aucune banque centrale. De même qu’actuellement il y a quelques
grandes monnaies utilisées partout dans le monde mais aucune banque
centrale mondiale gérant une monnaie mondiale.
A l’époque, pour les banquiers, il y avait trois grands problèmes :
* D’une part, à cause de l’étalon or, le système de crédit
bancaire n’était pas assez « élastique » et 70% des entreprises se
finançaient par leurs propres profits plutôt que par emprunt auprès des
banques.
* Les banques nationales pouvaient assez difficilement emprunter les unes des autres pour maintenir leur niveau de réserve.
* Mais surtout il n’y avait aucune règle commune quant au niveau de
réserve détenu par les banques, certaines prêtaient massivement les
fonds reçus et d’autres, plus prudentes, gardaient des réserves assez
importantes.
En 1913, cette différence a des conséquences très graves. Pour le
comprendre simplement imaginons une situation où il n’y a que deux
banques : La banque F qui garde une faible réserve et la banque I qui
garde une réserve importante. Dans la vie de tous les jours les gens
payent avec des chèques. En fin de journée la banque F a reçu en dépôt
des chèques F émis par ses propres clients mais aussi des chèques I
émis par les clients de la banque I. La banque I voit une situation
semblable. La banque F compte ce qu’elle doit à la banque I et
inversement. Les deux banques procèdent à une compensation et seule la
différence est versée à l’une ou à l‘autre.
Comme F a des réserves plus faibles, il est très probable qu’elle a
prêté plus et qu’il y aura donc proportionnellement plus de chèques F
en circulation comparé aux chèques I. La compensation est très
probablement en moyenne défavorable à F. C’est elle qui doit payer I or
justement F a peu de réserve et risque donc d’être incapable de le
faire. Si F et I avait le même ratio de réserves (aussi faible
soit-il), statistiquement, à terme les montants se compensent toujours.
Et c’est très exactement ce qui arrivait fréquemment à l’époque (en
1873, 1884, 1893 et 1907) : des banques ayant trop peu de réserves se
trouvaient incapables de payer des banques ayant plus de réserves et
faisaient donc faillite. Cela entraînait une crise de confiance dans
l’ensemble du système bancaire. Les gens se ruaient dans toutes les
banques pour récupérer leur argent et provoquaient une série de
faillites, parfois même d’une grosse banque, simplement par la faute de
quelques banques imprudentes. Sur les 4 crises précédentes on
dénombrait 1748 faillites de banques !
Les quelques plus grosses banques, bien qu’officiellement en
concurrence les unes avec les autres, souhaitaient ardemment résoudre
ce problème par une forme d’entente tacite. Cette véritable association
bancaire devait prendre la forme d’une banque centrale. Pour être
crédible, elle devait être instaurée légalement mais devait malgré tout
pouvoir prendre ses décisions en toute indépendance. De leur point de
vue, une banque centrale offrait des avantages majeurs :
* Elle imposerait un pourcentage commun de réserve dans toutes les
banques et vérifierait le respect de ce ratio en forçant les banques à
maintenir leur réserve dans la banque centrale.
* Pour maintenir ce ratio, les banques nécessiteuses pourraient
facilement emprunter auprès des autres banques ayant un surplus ou
elles pourraient emprunter directement auprès de la banque centrale
comme prêteur de dernier recours au service des banques.
* Ce mécanisme permettrait aussi de réguler et d’harmoniser les taux d’intérêt au sein de toutes les banques.
* Elle permettrait l’introduction d’une véritable monnaie commune.
Bien entendu cette banque centrale concentrerait dans ses mains un
pouvoir énorme. Et cette idée ne faisait pas que des heureux dans
l’Amérique de l’époque, respectueuse de sa constitution et attachée à
la liberté d’entreprendre et la libre concurrence. L’idée d’un dollar
identique qui pourrait servir partout aux Etats-Unis semblait alors une
utopie profonde.
C’est la crise financière de 1907 qui sera décisive. De nombreux
articles et débats apparaissent régulièrement dans les journaux de
l’époque sur la nécessité d’améliorer le fonctionnement des
institutions bancaires pour éviter de telles crises si pénibles pour la
population. Mais c’est en novembre 1910 que les plus hautes élites
financières de l’époque vont discrètement préparer la naissance de la
Fed. L’évènement est assez folklorique et mérite d’être raconté ne
serait-ce que pour l’anecdote.
Officiellement le sénateur Nelson Aldrich avait convié 6 personnalités
à se retrouver secrètement dans son train privé au départ de la gare de
Jersey. La presse ne devait pas en entendre parler, ces personnalités
devaient arriver séparément et feindre de ne pas se connaître. Le train
devait les conduire, après un voyage de 1300 km, dans un hôtel du
sénateur sur une île privée appelée Jeckyl, officiellement pour une
partie de chasse au canard.
Les personnalités en question représentaient plus d’un quart de toute
la richesse mondiale et regroupaient les deux grands « frères ennemis
», les Morgan et les Rockefeller :
* N. Aldrich, sénateur et président de la National Monetary
Commission, associé de JP Morgan et beau-père de John D.Rockefeller Jr.
* A. Andrew, Assistant Secretary du Trésor Américain.
* F. Vanderlip, président de la National City Bank de New York, la plus
puissante banque de l’époque représentant W. Rockefeller et
l’International Investment Banking House of Kuhn, Loeb & Company.
* H.Davison senior partner de J.P.Morgan Company.
* C.Norton président of J.P.Morgan’s First National bank of New York.
* B.Strong président de J.P. Morgan’s Bankers Trust Company
* Et finalement, l’expert en banque centrale, P.Warburg, partner de
Kuhn, Loeb &Company, représentant de la prestigieuse dynastie
bancaire Rothschild en Angleterre et en France, et frère de Max Warburg
lui-même Président de la Warburg Banking Consortium en Allemagne et aux
Pays-Bas.
La discrétion devait être totale car la presse ne devait pas savoir que
la loi qui devait donner naissance à la Fed avait tout simplement été
écrite par les représentants des plus grandes banques mondiales de
l’époque officiellement en vacances pour chasser le canard. D’ailleurs
pour faire passer la pilule et cacher ce cartel, cette banque centrale
portera un non moins centralisateur « Federal Reserve » et regroupera
plusieurs « Federal Reserve Banks » établies dans divers Etats. La loi
introduite par le sénateur ferra encore l’objet d’âpres débats mais
sera finalement votée et signée par le président Wilson le 23 décembre
1913. Cette histoire ne sera révélée que progressivement et en
particulier en 1935 dans un article écrit par F. Vanderlip lui-même.
Ce qu’il faut en retenir c’est que suite à une crise financière
majeure, les plus hautes élites financières au sein de la profession
ont discrètement mis au point la création d’une banque centrale et
d’une monnaie unique aux Etats-Unis. Ce travail a ensuite été avalisé
par le monde politique.
Bretton Woods
Le grand historien américain, Carroll Quigley, mentor de Bill Clinton,
professeur d'histoire à l'université de Georgetown et membre du CFR a
décrit en détail dans son livre « Tragedy and Hope » les objectifs du
lobby financier qui ont menés aux accords de Bretton Woods. Il déclare
notamment : « Les puissances du capitalisme financier ont eu un autre
but de grande envergure, rien moins que de créer un système mondial de
contrôle financier dans des mains privées capables de dominer le
système politique et l'économie du monde dans son ensemble. Ce système
devait être contrôlé d'une manière féodaliste par les banques centrales
du monde agissant de concert, par des accords secrets, conclus lors de
fréquentes réunions et conférences privées. L'apex du système devait
être la "Bank for International Settlements" à Bâle, en Suisse, une
banque privée possédée et contrôlée par les banques centrales de monde
qui étaient elles-mêmes des corporations privées. La croissance du
capitalisme financier a rendu possible une centralisation du contrôle
économique mondial et l'utilisation de cette puissance pour le bénéfice
direct des financiers tout en causant un préjudice indirect pour tous
les autres groupes économiques ».
C’est en juillet 1944 que se tient la célèbre conférence de Bretton
Woods et on sait maintenant que l’influence du CFR y a été
prépondérante. Les deux architectes de cet accord étaient Harry Dexter
White et John Maynard Keynes. Les accords de Bretton Woods vont
instaurer un système de change fixe reposant sur le principe du Gold
Exchange Standard. Les parités des monnaies sont fixées et ne peuvent
varier que dans une fourchette de +/- 1 % par rapport à un étalon qui
est l'or. Mais seul le dollar est convertible en or à taux fixe (35
USD/once). Les Banques Centrales ont l'obligation d'intervenir pour
soutenir la parité de leur monnaie. Le dollar étant la seule monnaie
convertible en or, il devient la monnaie de règlement des paiements
internationaux. Cette convertibilité est garantie par le fait que les
États-Unis détiennent en 1944 les trois quarts des réserves en or de la
planète.
Dans les années 60, les dollars s’accumulent alors qu’une perte de
confiance dans cette monnaie grandit en parallèle et pousse les
détenteurs à exiger la conversion en or. Ainsi les réserves d’or des
Etats-Unis diminuent progressivement. Le 15 août 1971, face à
l'accélération de la diminution du stock d'or de la Réserve Fédérale
américaine, le Président Nixon prend la décision de dénoncer la
convertibilité-or du dollar, ce qui marque de facto la fin du système
de Bretton Woods. Dès la fin 1971, le dollar est dévalué une première
fois, et il le sera de nouveau en 1973. Les Banques Centrales des
principaux pays européens décident alors de ne plus soutenir le cours
du dollar et le système monétaire international bascule dans un régime
de changes flottants.
Mais le « hasard » fait bien les choses, la même année, David
Rockefeller chiffre à 3000 milliards de USD (de l’époque) les besoins
en investissement de l’industrie pétrolière pour les années à venir. On
sait maintenant qu’à la veille du choc pétrolier les grandes compagnies
pétrolières traversent de sérieuses difficultés suites à des
investissements dans des projets dont les coûts ont dérapés. Le 19
octobre 1973, l’OPEP décide un embargo qui, officiellement, provoquera
la première crise du pétrole. 35 ans plus tard, la réalité historique
est tout autre: il n’y a jamais eu de pénurie et cette crise a été
entièrement organisée par une entente entre les compagnies pétrolières
et l’OPEP. Il y a de nombreux articles sur le sujet et le lecteur
curieux pourra toujours, par exemple, consulter les enquêtes fouillées
du journaliste Eric Laurent. Une première conséquence sera que ces
investissements non rentables deviendront hautement profitables : en
1974, le prix du pétrole sera multiplié par quatre et les bénéfices des
30 premières compagnies pétrolières mondiales augmenteront de 71% alors
que leurs ventes n’augmenteront que de 10%. Mais une deuxième
conséquence sera que le dollar pourra sauter de l’or jaune à l’or noir:
à l’époque, le commerce du pétrole se fait uniquement en dollar et
cette monnaie devient plus indispensable que jamais ! En plus la Fed
n’a même pas besoin de garder du pétrole dans ses coffres.
Mais la fin de Bretton Woods marque le début d’une expérience nouvelle
en finance : les monnaies ne sont plus adossées à l’or, elles sont
purement adossées à des dettes publiques et privées. Dès cet instant,
le dollar a cessé d’être une promesse, à savoir celle de livrer de
l’or. Ce système peut plus ou moins fonctionner aussi longtemps que la
communauté croit que ces dettes restent solvables.
Bien que les marchés des futures soient toujours libellés en USD, on
observe que le lien entre USD et pétrole est de moins en moins rigide :
les Iraniens facturent leur pétrole en Yen et en euros, les
vénézuéliens en euros, les russes se préparent à facturer en roubles,…
Actuellement lorsque le consommateur américain paye l’exportateur
chinois avec des dollars, celui-ci l’échange auprès de la banque
centrale chinoise pour obtenir des yuans afin de payer ses ouvriers. La
banque centrale crée ces yuans à partir de rien et avant 1971 elle
aurait pu convertir ces dollars en or auprès du Trésor américain. Pour
limiter l’exode de l’or, les banquiers centraux auraient fait remonter
les taux pour rendre le dollar attractif et décourager les étrangers à
l’échanger. La consommation en Amérique aurait ralenti ce qui aurait
réduit les déficits des comptes courants.
Mais avec la fin de Bretton Woods ce type de mécanisme régulateur a
disparu. Tous ces yuans créés finissent par se retrouver dans
l’économie chinoise sous forme de prêts et provoquent l’inflation des
prix qui sévit actuellement en Chine.
Naissance du FMI
Le Fond Monétaire International a lui aussi été imaginé lors de la
conférence de Bretton Woods. Keynes propose que toutes les transactions
internationales soient exprimées dans une monnaie mondiale unique, le
bancor, adossé à 30 matières premières. Il propose également que chaque
pays équilibre ses exports et imports ce que les Etats-Unis, gros
exportateur à l’époque, vont rejeter. White comme représentant
américain proposera l’instauration d’un fonds de réserves possédant
toutes les devises mondiales. Une nation ayant une monnaie affaiblie,
du fait d’un fort déficit commercial pourrait emprunter auprès de ce
fonds et ainsi soutenir sa devise nationale le temps nécessaire pour
diminuer ce déficit. C’est là une des missions du FMI, une autre est
d’assurer la stabilité des monnaies.
Les quote-parts génèrent l'essentiel des ressources financières du FMI.
Chaque pays membre se voit attribuer une quote-part sur la base de son
importance relative dans l'économie mondiale. La quote-part d'un pays
membre détermine le montant maximum de ressources financières que le
pays s'engage à fournir au FMI et le nombre de voix qui lui est
attribué, et détermine aussi le montant de l'aide financière qu'il peut
obtenir du FMI.
Le droit de tirage spécial
En 1969 la situation sur les marchés des changes est déjà très tendue.
Pour maintenir les taux de changes, les banques centrales craignent de
ne pas avoir assez de dollar disponible (ou d’or ce qui revient au même
à l’époque). C’est dans ce contexte que le FMI crée une sorte de
monnaie nouvelle, le droit de tirage spécial (DTS) que l’on appellera
aussi « l’or papier ». Un DTS vaudra 0,88 gr d’or. Mais qu’est-ce qu’un
DTS ? Commençons par dire ce qu’un DTS n’est pas : ce n’est pas une
créance sur le FMI !
Le FMI distribue, sans contre-prestation, à chacun de ses membres un
certain nombre de DTS sur base de leurs quote-parts propres. Un Etat
membre peut décider d’utiliser les DTS qu’il a reçus pour les vendre
afin de soutenir sa monnaie. Imaginons par exemple, que suite à un
déficit commercial, la monnaie d’un pays membre s’affaiblit, le
gouvernement de ce pays (ou sa banque centrale) peut acheter sa monnaie
et payer en vendant ses DTS. Dans ce cas le pays vendeur de DTS aurait
un déficit de DTS tandis que le pays acheteur aurait un excédent. Le
pays vendeur devrait alors payer des intérêts au pays ayant un excédent
de DTS. Un DTS est donc un « droit d’emprunter à un prêteur
consentant», une réserve bancaire sur laquelle un pays peut tirer.
Comme toutes les monnaies actuelles, créées ex-nihilo, un DTS est
adossé à la promesse d’un pays qu’il va honorer ses dettes. Si un pays
n’utilise pas ses DTS, il ne paye ni ne reçoit d’intérêts. Le taux
d'intérêt du DTS est fixé chaque semaine sur la base de la moyenne
pondérée des taux d'intérêt représentatifs de certaines obligations à
court terme émises sur le marché monétaire des pays dont la monnaie
entre dans la composition du DTS.
Après l'effondrement du système de Bretton Woods, en 1973, la valeur du
DTS a été déterminée par rapport à un panier de monnaies, qui comprend
actuellement le dollar EU, l'euro, la livre sterling et le yen. Les
taux de change et d’intérêt d’un DTS sont publiés quotidiennement sur
le site du FMI. Au moment où j’écris ces lignes, un Euro vaut 0,96 DTS
et le taux d’intérêt hebdomadaire est de 2,4%.
Lorsque les monnaies ont été décrochées du lien avec l’or, la création
monétaire a pu s’accélérer fortement. Ainsi un pays déficitaire a pu
emprunter plus facilement sur les marchés. De plus les pays n’ont plus
eu l’obligation de maintenir les taux de changes. Cette double
évolution a réduit l’usage des DTS. Actuellement, le rôle du DTS se
limite à celui d'un avoir de réserve parmi d'autres et il sert
principalement d'unité de compte au FMI et à certains autres organismes
internationaux. Signalons qu’en 2003, la Banque des Règlements
Internationaux (BRI), à Bales, mieux connue sous le nom de banque
centrale des banques centrales a décidé de ne plus utiliser le franc or
comme une unité comptable mais bien les DTS.
La naissance de l’euro
Tentons de résumer très brièvement l’apparition de la monnaie unique
européenne et de voir l’influence majeure de la BRI (Banque des
Règlements Internationaux) !
C’est le traité de Maastricht de 1992 qui a prévu la naissance de
l’euro le 1er janvier 1999. Mais les taux de change entre les anciennes
monnaies et l’euro ne seront fixés qu’un jour auparavant, de manière à
ce qu’un euro soit exactement égal à un ECU. Ainsi l’ECU est
véritablement l’ancêtre de la monnaie unique européenne. Mais d’où
vient l’ECU ?
En 1970, suite à une demande des Etas membres, le premier ministre
luxembourgeois Pierre Werner élabore un plan en sept étapes, étalées
sur 10 ans, en vue de la création d’une « unité de compte européenne »
qui serait substituée à la dernière étape, en une monnaie unique. Mais
un an plus tard, Bretton Woods s’effondre et ce plan ambitieux devra se
réaliser sur une période beaucoup plus longue. La première étape vise à
stabiliser les taux de changes des monnaies européennes. C’est le
Serpent Monétaire Européen (1972-1978), dispositif économique qui
comprend pour chaque monnaie un seuil d'intervention à la vente et un
seuil d'intervention à l'achat. Ainsi, une monnaie ne peut fluctuer par
rapport à une autre de plus ou moins 2,25% autour de sa parité
bilatérale. Un fonds européen est créé, le FECOM, lointain ancêtre de
la banque centrale européenne. Ce fonds est alimenté par les banques
centrales européennes qui doivent y déposer une fraction de leur or et
de leur dollar. Le FECOM sera directement géré… à Bâle par la BRI
elle-même !
Mais début 1978, sous l’influence d’Helmut Schmidt et de Valéry Giscard
d'Estaing, deux experts seront nommés pour continuer à développer
discrètement le système et pour ensuite convaincre les capitales. Il
s’agit du gouverneur de la Banque de France, Bernard Clappier et du
directeur de cabinet du Chancelier, Horst Schulmann. Ce dernier sera
d’ailleurs co-auteur d’une publication de la Commission Trilatérale
“International Financial Integration: The Policy Challenges (1989)”. Et
c’est en mars 1979 que le Système Monétaire Européen (SME) voit le jour
et, avec lui, l’ECU.
Son objectif est de stabiliser les monnaies européennes. Le SME prévoit
que les banques centrales auront l'obligation d'intervenir dès que la
marge de fluctuation d'une monnaie par rapport à chacune des autres
monnaies sera dépassée, un peu comme dans le cadre du Serpent Monétaire
Européen, mais, de plus, l'évolution des marges de fluctuation de
chacune des monnaies par rapport à l'ECU sera surveillée.
L’ECU était une pseudo monnaie adossée à un panier de monnaies
européennes. La valeur de l'écu était mécaniquement plus stable que
celle des monnaies qui le composaient. La faiblesse éventuelle d'une
monnaie du panier étant compensée par la force des autres monnaies.
C’est le FECOM qui créait des écus en contrepartie des réserves en or
et USD reçues des banques centrales. Il y avait donc un lien entre
l’ECU et l’or. C’est sans doute là, la plus grande différence avec les
DTS. L'ECU a été utilisé comme unité de compte par les institutions
européennes et les banques centrales des pays membres, ainsi que comme
monnaie de placement et d'endettement sur les marchés financiers.
Dés 1994, les choses s’accélèrent, le FECOM se mute en l’Institut
Monétaire Européen (IME). Le baron belge A. Lamfalussy démissionnera de
la présidence de la BRI pour diriger l’IME qui deviendra la Banque
Centrale Européenne le 1er janvier 1999. Signalons que ce même baron
Lamfalussy sera, lui aussi, co-auteur d’une publication de la
Commission Trilatérale « Major Payments Imbalances and International
Financial Stability ».
Quels investisseurs pâtissent le plus de la chute du dollar américain ?
Bien logiquement ceux qui détiennent le plus d’avoir libellé en dollar c.à.d. les fonds souverains et les fonds de pension.
Les Fonds Souverains (FS)
Un fonds souverain est un fonds d’investissement contrôlé par un
gouvernement et alimenté par les réserves en devises étrangères du pays
mais géré indépendamment de ces réserves.
Ces fonds contrôlaient, début 2008, 3500 milliards de USD, soit le
double de ce que possèdent tous les Hedge Funds dans le monde. Selon le
FMI, les FS devraient disposer de 12000 milliards de USD d’ici 2012. Le
plus grand FS est celui de l’émirat d’Abu Dhabi et pèse 875 milliards
de USD. Les pays producteurs de pétrole représentent les deux tiers des
FS pour la simple raison que la chute du dollar, qui va de pair avec la
montée du prix du baril, incite ces pays à investir leurs réserves
ailleurs que dans des T-bills. Selon l’organisme de recherche Global
Insight, les FS étaient impliqués dans 35% des opérations de fusion et
acquisition (F&A) dans le monde en 2007. Rien que pour janvier
2008, les FS représentent 28% des F&A aux US et sont
progressivement en train de prendre la place des fonds de « private
equity » en manque de crédits faciles.
Le premier ministre du Qatar qui dirige le fonds souverain du pays (60
milliards de USD) a déclaré qu’il préférait investir en Europe. Dubai
International Capital annonce qu’il préfère éviter les Etats-Unis pour
le moment et que les 5 milliards de USD que les fonds saoudiens et
koweitiens ainsi que les 7,5 milliards de USD que le FS d’Abu Dhabi ont
injecté dans Citigroup ne suffiront pas pour sauver cette banque. Le
fonds souverain chinois a vu le cours de Morgan Stanley plonger de 25%
depuis qu’il a investi 5 milliards de USD dans cette banque. Le même
fonds a vu ses parts dans Blackstone Group fondre de moitié depuis juin
2007. L’absence du moindre fonds souverain dans le sauvetage de la
banque Bear Stearns ou le refus de ces derniers d’injecter du capital
dans Wachovia est un signe indéniable que ces fonds ne souhaitent
vraisemblablement plus augmenter sensiblement leurs avoirs en USD.
Depuis novembre 2007, le FMI a intensifié sa collaboration avec les FS
en organisant des tables rondes en vue de partager des idées sur la
gestion des actifs et des réserves. On imagine que la faiblesse du USD
est au centre de ces discussions.
Les FS sont indirectement liés aux banques centrales dans le monde qui
possèdent 2400 milliards de USD en bons du trésor américain. Ainsi, la
banque centrale chinoise annonce que ses réserves en devises étrangères
viennent d’atteindre le niveau record de 1680 milliards de USD. La
composition exacte est inconnue mais la majorité est en bons du trésor
américain. Cela commence à lui poser beaucoup de problèmes !
L’inflation des prix continue d’exploser en Chine et vient d’atteindre
8,5% selon les statistiques officielles du parti. On n’ose imaginer ce
que doit être le chiffre réel. Comme les autorités monétaires chinoises
ne veulent pas laisser le yuan flotter librement, la banque centrale
chinoise doit racheter toutes les devises étrangères en circulation
(surtout du USD) et payer avec des yuans fraîchement créés. C’est
d’ailleurs cette création incessante de yuans qui dilue sa valeur et
pousse les taux d’intérêt vers le bas et ainsi les comptes d’épargnes
rapportent moins que l’inflation. Jusque fin 2007, les particuliers et
les entreprises se couvraient en plaçant leurs yuans sur la bourse
casino de Shanghai mais voilà qu’elle baisse, elle aussi, et vient de
perdre 50% de sa valeur.
En plus le dollar faiblit constamment par rapport au yuan ce qui
diminue encore plus la valeur des intérêts payés par les bons du trésor
américain. Naturellement, vu ses réserves, la Chine peut facilement
absorber ces pertes mais cette situation ne l’incite certainement plus
à prêter massivement au gouvernement américain.
En fait toutes les monnaies rigidement rattachées aux USD souffrent.
Ainsi fin 2007, dans une rare intervention, le clergé Saoudien a
demandé au gouvernement de lâcher le USD pour stopper une inflation des
prix à 7%, quasi incontrôlable en Arabie Saoudite. Au début de cette
année, la première banque d’Arabie Saoudite, National Commercial Bank,
a fait la même recommandation. Et fin février, Greenspan a confirmé aux
Saoudiens que s’ils lâchaient le USD, leur inflation record
diminuerait. La situation est identique aux Emirats Arabes Unis où
l’inflation en 2006 était de 9%. Là, les autorités ont trouvé une «
solution » originale : elles ne publient plus de statistiques de
l’inflation. Comme la Fed qui, elle, ne publie plus le paramètre M3 qui
mesure la création monétaire élargie.
Lorsqu’une monnaie est rattachée au dollar américain, elle devient
équivalente à celui-ci et doit donc suivre son rythme de création et
les taux courts doivent suivre les taux directeurs américains même si
l’économie liée à cette monnaie est toute différente de l’économie
américaine. Dans les pays du Golfe, pour lutter contre l’inflation, les
banques centrales devraient augmenter les taux mais pour maintenir la
parité avec le USD, elles font le contraire et suivent les taux
américains (autrement des taux plus élevés attireraient des capitaux et
provoqueraient une pression haussière sur cette monnaie). Néanmoins de
puissants spéculateurs se ruent sur les yuans, roubles et autres
devises liées aux USD car ils savent parfaitement bien que ce n’est
qu’une question de temps avant qu’elles ne se décrochent du USD pour
s’envoler. Cet apport de capitaux spéculatifs met les banques centrales
de ces pays sous une pression encore plus forte. Ceci est une nouvelle
illustration de l’interdépendance des monnaies et des banques centrales
dans un monde global.
Les fonds de pension
Les fonds de pension et autres fondations gèrent 53000 milliards de
USD. Une force de frappe colossale. Ils sont confrontés à une baisse
des capitalisations boursières probablement durable au moment même où
la génération des « baby-boomers » va prendre sa retraite. Dans un
document publié l’année dernière, la Fed prévoit une brutale chute du
ratio travailleur/pensionné pour les années à venir à partir de 2008
alors que ce ratio avait toujours augmenté depuis 1960. Aux Etats-Unis,
64% des revenus des fonds de pension des employés publics proviennent
de placements financiers et seuls 36% proviennent des contributions
patronales et salariales. De plus 20% des fonds de pension européens et
américains et 40% des fonds japonais sont investis dans des hedge funds
lourdement exposés à la crise. Les experts de Barclays Capital
préviennent que de nombreux fonds de pension asiatiques se sont
fortement engagés dans le « yen carry trade ».
Selon les données publiées par Milliman Associates, depuis 2001 la
plupart des fonds de pension étaient en déficit et le gain qu’ils
étaient enfin parvenu à engranger en 2007 a déjà été perdu sur les
trois premiers mois de 2008. Les fonds de pension ont longtemps visé à
avoir un return meilleur qu’un indice de référence (comme le
S&P500). Un objectif souvent cité est 8% ce qui n’est vraiment pas
simple en considérant qu’ils possèdent en général un quart de leurs
actifs en obligations avec un rendement de 5% et le reste en actions
qui doivent donc générer un return de plus de 9% ! Actuellement ces
fonds se tournent vers une stratégie dite de “Liability-driven
investing” dans laquelle ils essayent d’avoir des actifs équivalents à
la valeur actuelle des engagements qu’ils ont au passif de leur bilan.
Pour se faire ils n’hésitent plus à se tourner vers les produits
dérivés (tels les swaps) et s’exposent ainsi à des risques de crédits
de leurs contreparties.
Peut-on entrevoir une logique historique ?
Il est vrai qu’une fois les accords de Bretton Woods conclus, les
institutions financières ont évolué de manière certes moins
passionnelle ou idéologique mais tout aussi importante. Force est de
constater que ce sont toujours les mêmes grands groupes de lobby qui
œuvrent pour réformer le système.
A peine constituée en 1973, profitant de la crise provoquée par
l’effondrement de Bretton Woods, la Commission Trilatérale publie, le
22 octobre 1973, un rapport majeur: « Towards a Renovated World
Monetary System ». La liste des personnalités ayant participé à sa
rédaction est trop longue, citons juste Raymond Barre, Zbigniew
Brzezinski et A. Lamfalussy (déjà cité plus haut dans l’article).
Ce document, disponible sur l’Internet, est très détaillé. Pour tenter
de le résumer fortement, notons que le rapport commence par identifier
deux problèmes centraux dans l’économie mondiale : l’inflation et
l’impossibilité pour un gouvernement de mener une politique monétaire
indépendante dans un monde global. Les auteurs estiment que le système
de Bretton Woods s’est effondré suite à une perte de confiance dans le
dollar américain. Pour sortir de la crise, une réforme des institutions
monétaires est indispensable. Les auteurs proposent la création d’une
monnaie mondiale de réserve à partir des DTS créés par le FMI. Ces DTS
seraient rebaptisé « bancor ». Les banques centrales seraient chargées
de maintenir le cours de leur devise propre dans une fourchette par
rapport au bancor. Le FMI devrait ouvrir pour chaque pays des comptes
de substitutions dans lesquels les gros détenteurs de devises
pourraient les échanger contre des bancors. Les gouvernements devraient
ensuite réguler leur balance des paiements uniquement en achetant ou
vendant des bancors. Le FMI deviendrait une banque centrale mondiale et
à plus long terme le bancor pourrait devenir … rien moins qu’une
monnaie mondiale !
Mais en 1973, les temps ne sont pas encore mûrs. Une expérience « à
plus petite échelle » va d’abord être tentée : la création de l’euro en
mettant en pratique les recommandations du rapport. On l’a vu, l’euro
est, lui aussi, né d’une monnaie virtuelle, l’ECU, adossé à un panier
de devises. Exactement comme préconisé par le rapport de la Commission
Trilatérale, les banques centrales européennes sont intervenues sur les
marchés des changes pour maintenir leur devise dans une certaine bande
par rapport à l’ECU. Puis l’ECU s’est muté en EURO. L’ECU était géré
par un fonds spécial qui s’est transformé en banque centrale. La
monnaie unique européenne a donc été conçue et développée par les mêmes
élites financières. L’euro a ensuite été avalisé par le monde politique
pour finalement atterrir dans le portefeuille de « l’homme de la rue ».
Qui le sait ? Combien de personnes pourraient expliquer la naissance et
la multiplication par les banques commerciales des euros que nous
utilisons tous les jours ?
Le 23 septembre 1994, D. Rockefeller, ancien président du CFR,
fondateur de la Commission Trilatérale déclare devant le « Business
Council » des Nations Unies que « nous sommes à la veille d’une
transformation globale. Tout ce que nous avons besoin c’est d’une crise
majeure et les nations accepteront le nouvel ordre mondial ».
En avril 2002, Paul Volcker ancien patron de la Fed, membre fondateur
de la Commission Trilatérale, déclare lors d’une conférence organisée
par la Fed de New York : «…quel est le but final des marchés ouverts :
la libre circulation des capitaux autour du monde, une centaine de pays
indépendants, certains grands, d’autres petits ? Je pense que le
résultat logique à long terme, dépassant mon espérance de vie mais
peut-être pas la vôtre, est une monnaie mondiale. Avec une monnaie
mondiale nous n’aurons plus de nombreuses banques centrales
indépendantes… Je pense que c’est la direction dans laquelle l’économie
et la logique financière nous guide ». Cette déclaration est publiée
dans un document émis par la Fed : « Monetary Policy Transmission: Past
and Future Challenges ».
Une crise majeure ? Un nouvel ordre mondial dans la finance ? Une
monnaie mondiale ? En février 2008, Bloomberg titre que la banque
chinoise « ICBC détrône Citigroup alors que les banques chinoises
règnent dans le nouvel ordre mondial ». En mars 2008, Reuters titre en
reprenant le rapport de la firme de recherche CreditSights qui voit
dans le sauvetage de Bear & Stearns un tournant majeur : « les
banques faces à des consolidations dans un nouvel ordre mondial ». En
mai 2008, CNN titre “Des analystes prévoient un nouvel ordre mondial
énergétique”.
On a vu que les grandes crises ont toujours été l’occasion de réformes
visant à une plus grande « consolidation » dans la finance. Est-ce que
la crise actuelle, qui n’en est qu’à ses débuts, serait, elle aussi,
propice à des réformes répondant à la logique historique défendue par
P.Volcker ?
Fin 2007, la presse financière annonçait la parution d’un livre
remarquable écrit par deux universitaires de renom, Bruner et Carr : «
The panic of 1907, lessons learned from the Market’s Perfect Storm ».
Ce livre dresse 7 parallèles étonnants entre la crise de 1907 qui a
donné naissance à la Fed et à un dollar unique et la crise actuelle de
2007. Les auteurs concluent qu’une telle crise pourrait « pratiquement
certainement » se reproduire. Coïncidence de l’histoire, on a vu le
rôle majeur de JP Morgan dans la crise de 1907 qui est partie d’une
rumeur sur la santé financière d’une grande banque et on voit
maintenant l’étape charnière du « sauvetage » de Bear Stearns par la
banque JP Morgan.
En Juin 2007, Benn Steil, directeur du département « International
Economics » du CFR publiait un document choc : « The End of National
Currency ». En mai 2008, l’auteur explicitait ce document lors de la
conférence «Hard Assets Investment» à New York. Pour le résumer très
succinctement, B. Steil affirme que « pour globaliser en toute
sécurité, les pays devraient abandonner leur nationalisme monétaire,
abolir les monnaies indésirables, source de beaucoup d’instabilités
actuelles et les remplacer par des dollars, euros et monnaies
multinationales pas encore nées».
Partant de l’exemple de l’euro, B.Steil estime ainsi que l’Asie devrait
avoir une monnaie commune. Il sera ravi d’apprendre que les banquiers
centraux des Etats Arabes du Golfe viennent d’approuver un projet
d'union monétaire qui devrait se concrétiser par une banque centrale
commune dès 2009 et une monnaie unique pour 2010. Quant aux pays
asiatiques, ils viennent juste de constituer un fond de 80 milliards de
USD pour stabiliser leur monnaie.
L’auteur explique que le USD est une monnaie globale car les 2/3 du
commerce mondial sont libellés en dollar et que plus de 60% des
réserves des banques centrales sont en USD (contre uniquement 25% en
euro). Lorsqu’un petit pays accuse un fort déficit commercial, sa
monnaie perd de sa valeur face aux autres monnaies plus importantes.
Pour sauver sa monnaie, la banque centrale de ce pays est obligée de
faire grimper les taux d’intérêts locaux pour attirer les capitaux qui
fuient le pays. Sinon le pays risque une crise monétaire c.à.d. que les
investisseurs doutent alors que le pays ait suffisamment de réserve en
monnaies fortes (dollar, euro ou même or) pour payer ses dettes. Mais
le dollar a jusqu’à présent eu un statut particulier, pour paraphraser
l’économiste français J.Rueff, « les USA sont dans la position
avantageuse de pouvoir acheter un pantalon à un tailleur chinois qui
lui retourne son paiement sous forme de prêt en achetant des T-Bonds ».
Donc, selon B.Steil, le fait d’avoir le dollar comme monnaie globale
contraindrait les USA à un déficit de la balance courante pour fournir
au monde les dollars qu’il réclame. Ainsi les Etats-Unis pouvaient,
jusqu’il y a peu, se permettre d’avoir des déficits colossaux, des taux
bas et un dollar fort face à l’euro. Mais cette possibilité dépend du
niveau de confiance que le monde a dans le dollar. C’est pourquoi la
Fed a un pouvoir unique que d’autres banques centrales n’ont pas. Ce
que l’on vit actuellement c’est une perte de confiance dans le dollar !
D’aucun prétendent que l’euro pourrait devenir la nouvelle monnaie
globale. Mais il n’y a actuellement pas assez d’euros en circulation
pour convertir les USD. En théorie si les détenteurs de dollars
tentaient de les convertir en euro, l’euro deviendrait de plus en plus
en plus important dans les échanges commerciaux et bien vite la zone
euro accuserait un déficit de la balance courante pour fournir ces
euros au reste du monde. La situation déficitaire des Etats-Unis se
retrouverait donc transférée en Europe. Certains pays de la zone euro
voudraient probablement revenir en arrière et imposeraient des
protections douanières pour stopper l’afflux de produits étranger. Cela
provoquerait un chaos en Europe.
Alors quelle alternative nous offre le CFR? B. Steil voit le grand
retour de l&r
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