L'avis du Guide Informatique
Hubert d'Erceville
Pour tous ceux qui s'amusent encore à développer Tetris
J’ose le dire : j’ai été déçu par ce livre. C’est sans doute de ma faute car j’avais mal lu le titre. En effet : «Développement informatique durable» ne signifie pas «Développement durable en informatique». L’ordre des mots prend toute son importance car dans les 210 pages de ce livre, il n’est jamais question d’informatique verte, d’environnement ou de pollution dues aux technologies de l’information. En fait, il s’agit d’un ouvrage sur les grandes bases que mes professeurs de programmation inculquaient dans les années quatre-vingt et que le monde des développeurs avait oublié : Bien programmer, c’est utiliser des algorithmes qui font gagner du temps machine et qui sont facilement compréhensibles par des tiers.La première partie de l’ouvrage (les deux-tiers du livre) rappelle les grands conseils d’organisation, d’écriture et de présentation du code. La seconde partie, qui commence page 142, est un cas pratique détaillant les conseils à ceux qui désirent programmer le jeu Tetris. Les quelques jeunes développeurs Web autodidactes ou formés sur le tas y trouveront donc certainement leur compte.Pas moi ! A ce niveau, je trouve que le petit article rédigé par Christopher Seiwald dans Guideinformatique sur les
sept piliers pour écrire du « Joli Code », est bien plus synthétique.
LA RÉPONSE DE L'AUTEUR :Félix Guillemot
J’ai lu votre critique intitulée « Pour tous ceux qui s’amusent encore à développer Tetris ».Je voulais tout d’abord vous remercier au nom des éditions Hermes Sciences-Lavoisier pour ce titre vendeur, pertinent et subtil, qui à la fois nous conforte dans l’intérêt que nous portons à votre site Internet « GuideInformatique.com » et témoigne d’une fine analyse de votre part.En effet, étant contraints par un nombre d’exemplaires très limité par le service de presse de Lavoisier, nous vous avons sélectionné parce que l’intérêt de soumettre l’ouvrage à « l’avis du guide Informatique » ne faisait pas l’ombre d’un doute.Soufflés par la lecture de votre prose, nous sommes rassurés dans notre choix. Interloqué également, votre blog m’inspire une réflexion plus ciblée sur la critique littéraire journalistique : comment faites-vous M. d’Erceville pour être aussi pertinent au sujet d’un livre que vous n’avez pas lu ? On frôle le paranormal, j’en ai des frissons dans tout le dos…Et comment faites-vous, sans lire ce livre, pour porter aussi intuitivement votre attention sur LE point crucial d’une œuvre qui représente des mois de travail synthétisant 25 ans de pratique de la programmation ? Quel est donc votre secret ?Vous avez habilement laissé de côté les thèmes secondaires de ce livre comme la première partie qui décrit la problématique économique actuelle du développement des SI ainsi que le thème dérisoire de la méthode comme dans le chapitre « l’écriture analytique » pour en retirer la « substantifique moelle » : le jeu de Tetris qui contentera « les quelques jeunes développeurs Web Autodidactes ou formés sur le tas ». J’ai particulièrement apprécié cette dernière assertion qui met en avant votre science de la condescendance et votre expertise en matière de programmation objet, celle là même qui vous a été prodiguée « dans les années quatre-vingt » et qui vous permet de jongler aujourd’hui, brillamment il faut le dire, avec la technique.Mais, je vous le confie à vous, ce qui m’a le plus stupéfait dans votre article, et qui vous impose dès les premières lignes en maître incontesté du verbe et de l’ironie, c’est cette entrée en matière fracassante à la Raymond Devos : invoquer le qui pro quo thématique après avoir présenté la 4e de couverture et reçu un dossier de presse complet qui contient la table des matière, qui de toute évidence dupe le lecteur en lui promettant une œuvre sur l’informatique verte, c’était du grand art. Respect. Je le dis donc tout net : chapeau bas M. d’Erceville !C’est grâce à des gens comme vous que l’imposture doit être boutée hors de notre paysage florissant de la littérature informatique.C’est grâce à vous que la France fera des économies en n’achetant pas de mauvais livres mais en continuant à fabriquer des usines à gaz à coup de millions d’euros.Salutations consternées.