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Posted in Posts by Romain Verdier on décembre 29, 2008 Et ouais, être développeur lorsqu’on a plus de 30 ans en France, c’est pire que d’être caissier à 40 ans. La plupart des gens qui passent 90% de leur temps à programmer vont s’arranger pour qu’on les voit comme des ingénieurs d’études, des experts techniques, des chefs de projets, des architectes solution, des consultants, etc. Le top, quand on est un pauvre prestataire d’une SSII en mission pour une banque, et que l’on passe ses journées à coder, c’est de raconter à tout le monde qu’on est INGENIEUR DANS LA FINANCE. Oui oui. C’est assez terrible, mais il semblerait qu’on n’y puisse pas grand chose. La première observation, c’est que le phénomène est assez localisé. Ou plutôt : le phénomène n’est pas généralisé. En France, dès les études, on explique qu’il y a les développeurs (berk), et les chefs (ouais). Bon, les enfants, si vous avez été admis chez SUPIMAG, c’est pas pour finir développeur. En sortant de notre établissement, espérez être chef de projet junior (à la tête de 5 développeurs, 52K€, pendant 6 à 12 mois), puis, évidemment directeur de projet (1200 développeurs à vos pieds, 420K€ + iPhone + bonus) Et ensuite, même si on se fout de votre gueule lors des premiers entretiens, c’est trop tard : vous ne voulez plus, vous ne pouvez plus être développeur. On pourrait vous confondre avec l’admin réseau (BTS Informatique et Réseaux pour l’Industrie et les Services Techniques, 23K€, Nokia 3310 pour les astreintes). Aux Etats-Unis, par exemple, et sans doute ailleurs, ça ne fonctionne pas comme ça. Il y a différents métiers. Développeur, c’est un métier. Manager, c’est un autre métier. Le développeur programme, et le manager gère. Il est tout à fait possible de rester programmeur lorsqu’on devient papa. On n’est pas pris pour un con, juste pour un programmeur senior, payé et reconnu comme tel. Un professionnel ayant fait un choix de carrière plutôt qu’un autre, en somme. Il n’y a pas une hiérarchie dans laquelle le programmeur est en bas de l’échelle, il y a juste différents métiers dont les exercices sont nécessaires à la réalisation des projets informatiques. Tant qu’on ne comprendra pas ça ici, on continuera à subir les rires bruyants des gros blaireaux qui parlent de pissage-de-code-lol. Gens, vous vous trompez. Le développement, ou l’ingénierie logicielle si on veut élargir un peu, est une discipline complexe, qui requiert un cerveau. Un développeur digne de ce nom est une personne capable de réfléchir, de conceptualiser, de comprendre. C’est une personne capable de travailler en équipe, de communiquer efficacement, de s’organiser. C’est une personne qui ne peut pas se reposer éternellement sur ses acquis. C’est aussi une personne qui doit produire, et qui peut difficilement tricher. Programmer est un métier à la fois compliqué et passionnant, dont on peut même penser qu’il demande du talent. En fait, c’est probablement l’un des métiers les plus exigeants et intelligents qui soient. Il est presque incompréhensible qu’on en soit arrivé à trouver ça péjoratif, et que la programmation ait été reléguée au rang de tâche honteuse. Programmeur : n.m. Celui dont le métier est de rédiger des programmes informatiques. Le plus souvent, jeune diplômé, ou chef de projet raté. Syn. loser. Ex. Tu crains comme un programmeur. Première hypothèse : Romain, t’es un crétin doublé d’un parano : personne n’a cette sale image des développeurs. Deuxième hypothèse – très personnelle et probablement très discutable : tout le monde n’est pas né pour être programmeur. Et tant mieux, devrais-je ajouter : il serait assez triste de rêver du contraire. Cependant, il y a un besoin de programmeurs, en France comme ailleurs, et donc, on obtient fatalement une armée de développeurs-malgré-eux. Ni particulièrement doués ni particulièrement motivés, il se retrouvent à devoir maintenir des applications plus ou moins monstrueuses, sans vraiment comprendre ce qu’ils font et sans avoir envie d’ailleurs d’en comprendre plus. Développer, pfiou, c’est finalement un peu relou, hein. Vivement que je puisse moi aussi passer mes journées sur Powerpoint. Ce que je veux dire, c’est que dans le fond, il y a peu de personnes qui savent ce qu’est la programmation. Parmi les programmeurs, les chefs, les recruteurs, les profs, les chats, ma mère. Moi, plus par fausse modestie que pour paraphraser Socrate, j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que je ne savais pas vraiment ce qu’était la programmation. Bon, j’exagère un peu pour que vous souriez, mais au delà de la simplification volontairement naïve et de la provocation facile, je crois qu’il y a un peu de vrai. Quand la Masse se met d’accord sur une définition faussée du métier de programmeur, les choses sont vite réglées. A côté de ça, il y a des développeurs “qui ont goûté au sang” (© Jb) et qui ont du mal à revenir aux Taillefine “Pruneau” 0%. Tant qu’à faire, ne confondez pas tout le monde et choisissez bien votre audience le jour où vous voulez expliquer que vous aimez programmer, ou pire, que vous êtes capable d’en tirer une certaine fierté. Au fait, ça existe les architectes qui écrivent juste les prototypes des méthodes et qui laissent l’implémentation aux programmeurs ?