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Le lendemain, voici l'entité irréductible "Claude Lévi-Strauss" confrontée à son tour au formatage médiatique. Une biographie séculaire, une pensée multiforme et insaisissable, courant à perdre haleine d'un objet l'autre, des rencontres déroutantes avec le siècle : comment faire entrer tout celà dans trois minutes ? Comment extirper de l'oeuvre gigantesque les formules qui résoneront avec l'actualité ? Comment expliquer dans la même phrase que le défenseur inlassable des cultures amerindiennes ait ensuite détesté Mai 68 ? On tente de se hisser, à coups de "dernier géant de la pensée française", à coups de numéros spéciaux, de premières places dans les titres, et d'articles-fleuve. On tente de se hisser, mais chacun sent bien d'emblée l'inadéquation entre le sujet, et le format disponible pour en traiter. Admettons-le : devant le monument Lévi-Strauss, le journaliste moyen, signataire de cette chronique compris, se sent d'emblée complexé (je n'ai pas tout lu, je n'ai pas tout compris, et je vais devoir torcher un "Lévi-Strauss pour les nuls). Son traitement de l'événement n'est qu'une manière de gérer ce complexe. "Tristes tropiques pour Gaston Flosse", risque le présentateur du journal de 8 heures de France Inter, relatant la levée de l'immunité du politicien polynésien. Dans le même journal, pourtant, surnage une anecdote décomplexante : "Tristes tropiques" fut écrit à toute allure, en quatre mois. Pourquoi ? Parce que le savant, en rédigeant ce livre "grand public", était bourrelé de remords, à la pensée qu'il se livrait à une besogne secondaire, le détournant de ses recherches. Vite, en finir, et retourner à son labo, et à ses tribus. Alors, si même lui...