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LE GOÛT DES MEILLEURS VINS Le constat général sur les primeurs de Bordeaux -petite, moyenne, grande ou exceptionelle année- ressemble de plus en plus à un attrape gogo. Depuis 1998, tous les millésimes, sans exception, auront vu des producteurs maîtriser avec leur talent et leurs moyens des conditions climatiques plus ou moins difficiles. Dans les millésimes compliqués, le nombre de ces producteurs est plus limité que dans les millésimes "idéaux", c'est tout. A cette aune, millésime ultra compliqué, 2007 offre un panorama extrêmement sélectif, mais les meilleurs sont incontestablement de grands vins. En revanche, alors que le savoir-faire technique et humain, les moyens engagés et le réchauffement climatique rendent obsolète ce jugement global, jamais les conditions économiques des marchés ne se sont autant radicalisées. Les achats de grands vins sont de plus en plus internationaux et spéculatifs : soit on achète en pensant plus-value, soit on n'achète pas. A cette seconde aune, euro stratosphérique et crise des subprimes plombante, il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour savoir que ce type d'achat ne se fera pas avec les 2007. Il y a trente ans les marchés étaient stables et la qualité des millésimes instable, aujourd'hui c'est exactement le contraire. Reste donc un millésime, passionnant à plus d'un titre, à explorer : c'est ce que nous faisons dans les pages de ce 48e numéro qui ouvre une nouvelle époque pour TAST. En effet, après quelques mois de réflexion, nous avons choisi de repenser TAST, ses rythmes comme son contenu. Ce Spécial Primeur, par sa thématique même, ne reflète pas tous les changements formels que nous avons préparés et pensés, mais vous les découvrirez en revanche dès le mois de juin, avec un TAST totalement renouvelé pour aller plus loin dans notre analyse et observation de l'univers des vins de qualité. n°48 avril 2008 TAST LE GOÛT DES MEILLEURS VINS Le millésime 2007 à Bordeaux T h i e r r y D e sseauve Dégustations réalisées par Michel Bettane, Alain Chameyrat et Thierry Desseauve, avec Guy Charneau et Denis Hervier Coordination éditoriale : Véronique Raisin Conception graphique : Hicham Abou Raad Diffusion : Béatrice Boullier Publié par BDT Médias, avril 2008 Directeur de la publication : Thierry Desseauve SAUTERNAIS SAUTERNES-BARSAC, PAGE 8 RÉGION DES GRAVES PESSAC-LÉOGNAN ROUGES, PAGE 15 PESSAC-LÉOGNAN BLANCS, PAGE 20 GRAVES ROUGES, PAGE 24 GRAVES BLANC, PAGE 24 MÉDOC MÉDOC, PAGE 25 HAUT-MÉDOC, PAGE 26 MOULIS, PAGE 30 LISTRAC, PAGE 31 MARGAUX, PAGE 32 SAINT-JULIEN, PAGE 38 PAUILLAC, PAGE 42 SAINT-ESTÈPHE, PAGE 49 RIVE DROITE SAINT-ÉMILION GRAND CRU, PAGE 53 SAINT-ÉMILION GRANDS CRUS CLASSÉS, PAGE 64 POMEROL, PAGE 73 CÔTES DE CASTILLON, PAGE 79 LALANDE-DE-POMEROL, PAGE 80 FRONSAC, PAGE 81 MONTAGNE SAINT-ÉMILION, PAGE 82 LUSSAC SAINT-ÉMILION, PAGE 82 PUISSEGUIN SAINT-ÉMILION, PAGE 83 CÔTES DE BOURG, PAGE 84 BLAYAIS, PAGE 84 AUTRES VINS BORDEAUX, BORDEAUX SUPÉRIEUR, SAINTE-FOY BORDEAUX ET BORDEAUX BLANC, PAGE 85 n°48 avril 2008 S O M M A I R E 3 Le millésime 2007 à Bordeaux 4 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 La première chose à ne pas faire avec les bordeaux 2007, et qui a été hélas ! commise par de nombreux dégustateurs superficiels ou mal intentionnés, français ou étrangers, est de ne pas confondre millésime faible ou moyen et millésime difficile. 2007 sera en effet tout sauf un millésime faible ou moyen. Les conditions climatiques très difficiles à gérer des mois de juin, juillet et août ne donnaient pas de grands espoirs aux vignerons. Les meilleurs ont pourtant lutté sans relâche et avec succès contre les attaques d’un mildiou particulièrement virulent, et ont mis en place pendant tout l’été des équipes considérables (pratiquement un homme pour deux hectares de vigne) pour obliger la vigne à ne pas trop produire, éliminer tous les raisins qui auraient eu du mal à mûrir, et surtout créer ou aider à l’arrêt de croissance de la vigne, indispensable pour qu’elle puisse se consacrer à ses raisins ! Ceux qui l’ont fait ont été clairement récompensés par six semaines d’un temps absolument favorable de début septembre à la mi-octobre. Les raisins les plus tardifs, comme les cabernets, ont certainement le plus profité de cette superbe fin de saison, particulièrement sur la rive gauche (Médoc, Graves), ce qui rend certains jugements à l’emporte-pièce criant déjà à la victoire de la rive droite parfaitement absurdes. La guerre des deux rives est d’ailleurs un concept complètement stupide qui ne peut plaire qu’à des ama- PRIMEURS 2007 Le millésime 2007 à Bordeaux Qualifié de difficile à cause de conditions climatiques peu favorables, le millésime 2007 a tout de même engendré de belles réussites chez les meilleurs vignerons. On sera notamment surpris par la très belle qualité des vins blancs secs et des liquoreux. p a r M i c h e l B e t t a n e teurs incultes ou à des professionnels incompétents. Cette année, il y aura donc aussi de très jolis vins de merlots, si possible encore plus jolis si complétés par de beaux cabernets francs, mais, comme le souligne Thierry Desseauve, ces vins sont des mécaniques de haute précision : le moindre défaut de réglage ou d’investissement humain et les vins seront naturellement raides et sans intérêt. Mais il ne fallait pas être sorcier pour repérer immédiatement la meilleure constitution d’ensemble des médocs de grand terroir, liée à la haute qualité des cabernets sauvignons. Rappelons des faits et non pas des préjugés ou des billevesées nées de la jalousie ou de la rancoeur par rapport au faible niveau du dollar… Les cabernets sauvignons de fin de vendange dépassaient pratiquement partout 12° naturels avec des teneurs en tannin et en matière colorante égales ou supérieures à la plupart des grands millésimes de la fin du dernier millénaire. Oui, les 2007, que n°48 avril 2008 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 5 6 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 cela plaise ou non, ont plus de corps et d’intensité de constitution que les 1996, par exemple, ou les 1989 ! Les grands médocs sans chaptalisation dépassent en effet 13° avec des indices tanniques souvent supérieurs à 65 ! Sont-ils pour autant parfaits et harmonieux ? L’été fut médiocre, mais les sommes totales de température pendant le cycle végétatif ont été supérieures à la moyenne. Voilà qui explique la richesse naturelle en sucre des raisins, renforcée par la concentration finale quand le rapport entre la charge en raisin et le feuillage était intelligent ! La qualité du fruité, en revanche, n’a pas atteint celle des 2000 ou des 1990, sans être pour autant médiocre. Il y aura beaucoup de notes de fruits rouges et pas de fruits noirs, et une élégance de vin de millésime tempéré et non pas tropical, ce qu’évidemment, certains critiques américains ne peuvent comprendre. Quant à la verdeur supposée des tannins de nombreux crus, critique formulée dans de nombreux forums de sites spécialisés, elle est réelle pour beaucoup de vins de second rang, mais souvent, c’est un phantasme de dégustateurs mal formés ou mal intentionnés qui confondent prises de bois (et hélas ! souvent de bois vert) et manque de maturité, et qui ignorent la nature même des tannins de cabernets et leur capacité à se polymériser lentement au cours de l’élevage et du vieillissement en bouteille. Tout se passe comme si le modèle pour juger ces vins de garde était le type le plus fréquent des vins du Sud, qui naissent tout faits, immédiatement reconnaissables, mais en contrepartie peu sujets à se métamorphoser avec l’âge. On sera également fort satisfait des vins liquoreux, qui ont bénéficié pendant les trois premières semaines d’octobre d’un développement de pourriture très noble, avec des tris non précipités, librement échelonnés dans les meilleures propriétés. Bien entendu, les vins n’ont pas le goût de champignon que certains associent à la pourriture noble, la confondant souvent avec la pourriture grise, et ils pourront apparaître comme manquant de “rôti”. Dans vingt ans, ils régaleront les collectionneurs avisés. La surprise est quand même venue des vins blancs secs, d’une rare finesse aromatique même si vendangés bien avant les rouges. L’explication de ce phénomène, qui, d’ailleurs, reste quand même un peu mystérieuse, et donnée par tous les producteurs, est la relative fraîcheur des nuits qui a développé le potentiel aromatique des sauvignons. Reste à vérifier que ce charme très précoce sera aussi durable. Nous allons tous certainement, en suivant dans leur évolution les vins les mieux constitués, beaucoup apprendre sur le vieillissement des blancs. Pour terminer, je dois rappeler que les différences de niveau traditionnelles entre les millésimes n’ont plus de raison d’être aujourd’hui, du moins pour les vins de grand terroir. On peut certes plaisanter grassement sur la sévérité des sélections actuelles des plus célèbres châteaux et l’imputer à leur appât du gain, en disant qu’en diminuant de façon drastique les quantités, ils maintiennent artificiellement des prix élevés et renforcent la spéculation sur chaque bouteille. On est plus près de la vérité en disant qu’aujourd’hui, ces crus recherchent avant tout la plus haute qualité possible et reviennent aux volumes de production des millésimes légendaires du passé, en se repliant sur le meilleur de leur terroir. On comprendra tout aussi facilement que si, sur dix raisins, on ne met plus dans la cuve que les cinq ou six parfaitement mûrs, on peut réussir chaque année des vins de style et de caractère. Ce n’est plus la constitution qui différenciera entre elles les années, mais de subtiles différences d’arôme et de texture dont l’analyse fera la joie de tous ceux qui aiment sincèrement et loyalement les vins de Bordeaux. n°48 avril 2008 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 7 8 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 SAUTERNES-BARSAC Excellent millésime : pourriture noble très pure, niveau élevé d’acidité naturelle équilibrant de façon très élégante le sucre résiduel de la plupart des crus, et surtout grande richesse aromatique, semblable à celle des vins blancs secs, donnant à tous les vins un charme immédiat. Le taux de réussite global est remarquable chez les crus classés dégustés. Certainement le potentiel le plus élevé de garde et de qualité depuis 2001. CHÂTEAU D’YQUEM Un équilibre exemplaire entre alcool, acidité et sucre, une grande richesse aromatique, un vin parfaitement vinifié et digne de la réputation du cru, mais il ne domine pas l’ensemble de la production locale de façon aussi marquée qu’en 2005 ou 2006. 18,5-19/20 CHÂTEAU CLIMENS Comme toujours, l’assemblage final n’est pas encore fait et donc le vin ne peut être noté. La dégustation de tous les lots séparés impressionne par la pureté presque magique des parfums et l’extrême définition du terroir. Mon sentiment intime (ndlr : Michel Bettane) est qu’il pourrait même dépasser Yquem dans ce millésime. Non notable CHÂTEAU COUTET Un vin complet, impressionnant par ses notes magnifiques d’agrumes et une petite amertume finale qui donne à la liqueur un charme unique. Beaucoup d’éclat et de raffinement dans la saveur, sans doute un des vins les plus aboutis de la propriété à la naissance depuis vingt ans ! 18,5-19/20 SAUTERNAIS CHÂTEAU LAFAURIE-PEYRAGUEY Notes légèrement beurrées au nez, dues à la prise de bois en début d’élevage, vin complet, pourriture noble splendide de pureté et d’éclat, grande longueur. 18-18,5/20 CHÂTEAU CLOS HAUT-PEYRAGUEY Vin très riche et équilibré en raison de sa belle acidité, matière impressionnante de densité, finale longue et pure, un classique de la partie “haute” du Sauternais. 18-18,5/20 CHÂTEAU RABAUD-PROMIS Nez complexe avec des nuances très fruitées d’abricot, fortement marqué par une pourriture noble “rôtie”, beaucoup de montant et d’énergie dans la liqueur en plus de sa richesse naturelle en sucre, vin complet, confirmant la réussite remarquable des trois derniers millésimes. Sans doute le rapport qualité/prix le plus remarquable en premier cru classé. 18-18,5/20 CHÂTEAU LA TOUR BLANCHE Arômes très fins d’agrumes, grande richesse, très élégant et pur, mais, du moins sur cet échantillon, un peu moins d’éclat en rétroolfaction que le vin qui le précédait en dégustation à l’aveugle, Lafaurie-Peyraguey. 17,5-18/20 CHÂTEAU RAYMOND-LAFON Splendide arôme très pur de cédrat (l’agrume le plus souvent retrouvé en dégustation dans les échantillons de ce millésime), grand équilibre, vin complet, puissant, fin et racé, comme toujours et du niveau supérieur des premiers grands crus classés. Vin dégusté au château, car ne faisant pas partie des crus classés ou des membres de l’Union des grands crus. 17,5-18/20 n°48 avril 2008 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 9 10 S P É C I A L P R I M E U R S 2 0 0 7 CHÂTEAU NAIRAC Remarquable richesse de constitution et pureté aromatique tout aussi impressionnante, barsac complet, le plus harmonieux et le plus abouti des seconds crus de l’appellation. On appréciera particulièrement la toute petite touche amère qui, comme à Coutet, rappelle la saveur des meilleurs rieslings récoltés en tri de pourriture noble. 17,5-18/20 CHÂTEAU RIEUSSEC Léger trouble dans la robe témoignant de la jeunesse de l’échantillon ! Prise de bois un peu marquée, masquant les arômes primaires, très riche en liqueur, tendu par son acidité, certainement très opulent et complet, mais terminant sur des notes un peu amères, mais cette fois-ci d’un amer dû au SO2 plus qu’au raisin ! 17/20 CHÂTEAU GUIRAUD Plus doré que la moyenne, presque ambré sur les bords du verre, arômes puissants et très confits de fruits jaunes, très “rôti” en bouche, un rien plus simple et moins diversifié dans la palette aromatique que d’autres, long, “collant”, ce qui est un bon signe, et visiblement moins protégé par le SO2 que ses pairs. 17/20 CHÂTEAU SUDUIRAUT Pâle, puissant et équilibré en bouche, moins “rôti” et complexe que d’autres à ce stade, mais à l’inverse de Guiraud, l’échantillon est l’un des plus protégés par le SO2 de l’ensemble des crus. 17/20 CHÂTEAU DOISY-VÉDRINES Très pâle, magnifique arôme fermentaire de mirabelle et de poire, splendide acidité,[...]