L’âge n’est pas un déterminant dans les réseaux sociaux d’entreprise Jamespot

Par Alain Garnier, CEO Jamespot

Suite à une conférence où le thème des digital native est revenu dans le débat – je pensais qu’il était depuis longtemps rangé dans les étagères des fausses bonnes explications – je reviens sur ce sujet, armé des éléments concrets que l’on peut constater sur nos réseaux Jamespot. Et on va le voir, les faits sont têtus…

On définit souvent les digital native comme ceux qui n’ont connu qu’Internet et qui par ce fait sont en capacité d’imaginer les usages numériques de manière très intuitive. C’est en partie vrai, quand on regarde la proportion des 15/25 ans sur Facebook par exemple. Ils y sont à plus de 95%, laissant à 5% de « réfractaires » le choix de ne pas y être pour art de vivre… Les plus âgés (pour prendre les séniors par exemples), n’y sont qu’à 25% mais avec un doublement chaque année, ce qui augure un rattrapage d’ici deux ans maximum… On en aura alors fini avec l’écart d’âge comme discriminant principal.

Une bonne excuse

Les chefs de projets craintifs à l’idée qu’un RSE échoue dans leur entreprise mettent souvent en avant le « sénior », bouc émissaire tout trouvé à la non adoption potentielle d’un outil innovant. Première difficulté : à partir de quel âge est-on considéré comme sénior dans l’entreprise. 60 ? 55 ? 45 ? On pourrait dire que cela dépend de l’entreprise. Une entreprise avec une moyenne d’âge de 25 ans regardera tout trentenaire comme un fossile potentiel, alors qu’une entreprise avec une moyenne d’âge de 45 ans  n’aura pas tout à fait la même vision des choses. Vient ensuite la question du pourquoi le sénior aura plus de difficultés à s’adapter à un nouvel outil. La technique, évidemment, messieurs dames ! Un digital native sera beaucoup plus à l’aise avec un objet numérique non identifié. Soit. Cela pourrait être vrai dans le cas d’un logiciel de gestion très complexe. A voir. Mais on peut présumer que toute personne sachant se débrouiller avec les outils web et bureautiques, ce qui est le cas de la plupart des salariés tous âges confondus, ne devrait pas avoir de difficultés fonctionnelles majeures avec une plateforme de réseau social d’entreprise. En effet, n’avez-vous jamais observé un sénior en entreprise, tapant laborieusement un email à l’aide de ses deux index… avant de publier à plein régime sur le mur de son réseau social public préféré pendant la pause déjeuner ? Il faut savoir que parmi les plateforme de réseau social d’entreprise, ceux qui sont véritablement construits selon les usages du web grand public n’oublient jamais d’où ils viennent. Priorité donc à l’ergonomie, aux usages. Une ergonomie qui est une condition d’égalité entre les salariés, quel que soit leur âge.

Des indicateurs différents sur le web et dans l’entreprise

On l’a vu, Facebook reste encore le territoire de la jeunesse, même si les séniors y progressent. Mais pourquoi baser son analyse sur les indicateurs des réseaux grands publics ? On l’a assez répété, le RSE n’est pas un Facebook like. Sur Facebook, on parle de vie privée. Dans un réseau social d’entreprise, c’est de travail dont il s’agit… Adhésion volontaire sur Facebook, l’inscription au RSE peut être plus ou moins obligatoire dans l’entreprise. Lors d’une conférence sur  l’IT for business en avril dernier, Ziryeb Marouf, responsable RH 2.0 chez Orange, a balayé la question de l’âge en révélant que la moyenne d’âge sur Plazza, le RSE d’Orange, était de 42 ans contre 46 pour l’ensemble du groupe. Mais plutôt que le taux d’inscription, c’est le taux de participation qu’il faudrait mettre en avant. Or il n’est pas évident d’avoir des indicateurs sur les plateformes de RSE, même si certains consultants se spécialisent dans ce domaine.

Le problème vient plutôt de l’écart d’analyse qui peut exister entre la sociologie du Web et celle des réseaux sociaux d’entreprise. En effet, dans un réseau social d’entreprise, c’est de « travail » dont il s’agit… D’où des écarts importants sur la manière dont on peut analyser l’usage et l’appropriation d’un tel outil. Dans un contexte professionnel, les employés ont l’obligation de rejoindre le réseau, ce qui change tout, vous en conviendrez. Ce qui est déterminant dans cette affaire n’est pas tant le taux d’inscription (valable sur le Web car librement choisi) que le taux de participation (valable dans l’entreprise car il reflète le taux d’adoption).

Comment ça, l’âge ?

Jamespot gère aujourd’hui plus d’une centaine de réseaux sociaux privatifs pour des clients et partenaires de tout ordre : PME, associations et grands comptes. Chacun avec des logiques propres, des publics différents. Et nous pouvons voir quels sont les réseaux qui « marchent » avec des taux d’adoptions forts de manière statistique et pas seulement « au jugé ». Et si une chose est certaine, c’est que « l’âge » n’y est pas pour grand chose… Parmi les réseaux les plus dynamiques, et sur lesquels on peut communiquer, on trouvera celui de l’AFCDP (association des correspondants de la CNIL dans les entreprises), ou encore RECOLTE, le réseau social d’entreprise des parcs régionaux du nord (pour lequel d’ailleurs Jamespot est très fier d’avoir gagné le trophée Eurocloud). Les deux ont la particularité de regrouper des professionnels de tous âges. Depuis les entrants, 25 ans, jusqu’aux retraités actifs (+60 ans)… ce qui n’empêche nullement ces derniers de s’approprier ce nouvel outils pour partager leurs expériences.

A l’inverse, dans une entreprise dont je tairai le nom, une expérience visait à mettre dans un réseau social privatif les stagiaires de la société en question : moyenne d’âge moins de 25 ans bien sûr… un beau flop au final ! On s’en serait douté, et l’échec a bien eu lieu.

Quel est donc le secret de réussite d’un réseau social Jamespot ?

Ces quelques exemples montrent la faiblesse de l’argumentation « de type génération Y ». Car c’est ailleurs qu’il faut chercher les facteurs clés de succès. Je vois 3 éléments clés : le projet, la mentalité/culture/organisation (ou RH) et le produit.

1 – Le projet

Revenir au basique : c’est votre projet lui-même qui en définit la réussite, son objectif concret (ou pas), son budget adapté (ou pas), sa communication réussie (ou pas). Dans les cas évoqués ci-dessus : les parcs régionaux ont un objectif clair d’échanges de projets sur le territoire, la communication qui va avec et qui a entrainé une dynamique très forte. A contrario, le projet des « stagiaires » n’avait pas d’autre objectif que la mise en place elle-même. Pensant obtenir une étincelle de la génération Y…qui n’est pas venue, et pour cause : quel était l’objectif pour un stagiaire ? Parler à un autre stagiaire ? Est ce un besoin ? Pas vraiment… Les stagiaires auraient étés reliés à leurs mentors, que déjà le projet prenait une autre tournure et pouvait avoir un sens. Mais, pour aller jusqu’au bout de l’explication, l’entreprise ne souhaitait pas cette organisation. Ce qui m’amène au deuxième point.

2 – RH = La mentalité/culture/organisation

L’organisation doit aussi prendre en compte ce qu’apporte le réseau social pour s’adapter si elle veut en tirer profit. Car même si le réseau social Jamespot propose de nombreuses modalités de gouvernance : réseau social fermé, semi-ouvert, sur cooptation, à enregistrement, avec modération, filtrage des entrées, mode « read only » etc… Il ne reste pas moins que le fonctionnement social modifie en général les organisations, c’est d’ailleurs la promesse du social : créer des circulation qui n’existent pas dans le système d’information actuel. Et ces échanges sont aussi liés à la culture de l’entreprise : est-elle prête à mettre le collaboratif en avant, à accepter les prises de risques, les erreurs ? C’est un sujet en soi, mais déterminant. Ne le négligez pas.

3 – Le produit

Et oui ! L’outil est aussi important. Car selon le projet, il faudra l’adapter aux attentes, le coupler aux autres outils. Or, tous les RSE n’ont pas cette capacité, ou alors à des coûts très prohibitifs. Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent : tous les outils de réseau social d’entreprise (RSE) ne se valent pas. Non pas seulement pour dire que Jamespot est LE seule RSE qui vaille… mais pour encourager les porteurs de projets à poser leurs contraintes projets/cultures/organisations avant de choisir un RSE.

Chez Jamespot, on sait quelles sont les contraintes d’usage que nous privilégions :

  • rester simple pour une adoption maximale (et donc pas Geek2.0 ou 3.0)
  • proposer des templates/thèmes pour s’adapter aux navigations et au look de nos clients (et s’adapter à tous les publics)
  • proposer des modules complémentaires pour verticaliser notre solution avec nos apps
  • avoir des modes de gouvernances paramétrables pour que sans développement spécifique chaque projet choisisse qui est sur le réseau, comment il le rejoint, quels sont ses droits, les groupes par défaut etc…
  • permettre de tester notre RSE en ligne pour une totale transparence
  • fournir un support de proximité…car un outil en mode SaaS c’est aussi un lien avec le fournisseur fort

Réussissez votre projet : alignez ces trois éléments !

Facile à dire, plus difficile à mener bien sur, mais c’est la condition sine qua none de votre succès. Il faut rester concentré sur les 3 dimensions en même temps, sans en privilégier une au détriment des autres… L’âge n’y est heureusement pas une variable clé. L’expérience, en revanche, est une aide précieuse. C’est une bonne nouvelle pour ceux qui auraient pu en douter !