Souvenez-vous… Mars 2016, partant du principe que le monde de l’entreprise est voué à évoluer dans un environnement digital  protéiforme, 4 éditeurs (BlueKiwi, Jalios, Jamespot et Knowledge Plaza) et une société de conseil (Lecko) se réunissent afin de réfléchir conjointement sur l’interopérabilité de leurs solutions. De cette réflexion commune est né un manifeste pour un SI Social interopérable.  

Bertrand Duperrin, Digital Transformation Practice Leader chez Emakina, est allé à la rencontre d’Alain Garnier (Jamespot) et d’Arnaud Rayrole (Lecko) afin d’échanger sur cette interopérabilité entre les principaux éditeurs de logiciels collaboratifs.

Voici un condensé de leurs échanges :

Bertrand Duperrin : Vous venez de lancer une initiative sur le SI interopérable. En quoi cela consiste-t-il et pourquoi ?

Alain Garnier : On répond à un besoin que l’on sent sur le marché. Après une période où on a imaginé qu’il ne pourrait y avoir qu’un seul système social dans l’entreprise on ne peut que constater qu’il y en a plusieurs, chacun correspondant à des besoins, usages et objectifs propres. Partant de ce constat et pour que les usages augmentent et que les entreprises réussissent leur transformation collaborative et sociale, il est temps de passer à une phase d’interopérabilité et relier ces continents sociaux qui souvent ne se parlent pas.

Arnaud Rayrole : Effectivement si on veut que les usages se développent il faut lutter contre le cloisonnement applicatif qui est inhérent à la multiplicité des plateformes. Il faut convaincre les entreprises qu’il existe une alternative au schéma unique proposé par les éditeurs, à savoir une seule technologie qui fait tout dans l’entreprise.

BD : Quelle(s) forme(s) prend cette interopérabilité ?

AG : On a choisi de démarrer par un scénario assez large qui pourra permettre d’embrayer sur pleins d’autres choses. Le sujet sera le partage cross-plateforme : je suis dans un système social A (RSE, CRM, etc.) et si je trouve un contenu intéressant sur celui-ci, je peux le partager dans un système B. Il s’agit de faciliter la vie du maillon central de la collaboration : l’utilisateur.

BD : Mais la réalité ça reste encore de passer son temps à faire du copier/coller d’une application dans une autre. Parfois entre l’email, le CRM, la facturation, les notes de frais et les timesheet tu passes ton temps à saisir la même chose partout.

AG : Le partage conscient entre deux applications revient en effet à faire du copier-coller dynamique et c’est un vrai cas d’usage, un vrai besoin. On doit démontrer cela entre nous et idéalement ensuite avec certains outils phares.

BD : Arnaud, l’urbanisation du SI social est un de tes grands sujets. Les entreprises ont elles conscience dès le début que tous ces applicatifs vont devoir se parler ?

AR : Les entreprises commencent à acter que la mise en réseau de l’organisation ne sera pas le fait d’une seule solution. Elles en sont au constat mais dans l’incapacité de concrétiser ce constat au travers d’un schéma. Mais la question est aussi de se demander ce que le marché leur propose pour faire les choses proprement. Beaucoup me demandent « je mets quoi dans mon RFI pour ne pas me retrouver avec un coût d’interopérabilité ou un coût de réversibilité énorme ».

AG : Pour rebondir sur le sujet. Avant tous ces sujets d’urbanisation, de schéma directeur, d’interopérabilité, étaient pilotés de l’intérieur de l’entreprise. Aujourd’hui on assiste à un mouvement lent mais irréversible vers le SaaS avec des systèmes conçus par des architectes qui vont vendre le même modèle à tout le monde. L’hétérogénéité des systèmes va donc se réduire quasi-mécaniquement avec la question de l’urbanisation qui passe chez les éditeurs.

BD : Alain,  est-ce que cette interopérabilité doit être le fait d’un éditeur ou d’un tiers de confiance qui garantit aux entreprises que tout se passe bien, réversible et que l’intégrité des données est respectée ?

AG : Il va y avoir un point de rupture où les entreprises vont comprendre qu’elles sont trop dépendantes de certains éditeurs. Elles vont demander à un tiers de confiance d’assurer a minima le backup de certaines données. De là à ce qu’un écran se forme entre l’éditeur et l’entreprise cliente je ne suis pas sûr…

AR : Je vois davantage l’entreprise garder la propriété de son capital social et sa maitrise et déléguer la manière dont les autres applications le nourrissent. D’ailleurs je vois plus Zapier comme un orchestrateur qui propose des cas d’usage d’intégration que comme un tiers de confiance.

BD : Donc si dans votre entreprise vous avez un réseau social majeur et une quinzaine d’intiatives spécifiques qui fonctionnent à côté, allez voir Alain et Arnaud.


Retrouvez l’intégralité de l’interview et bien plus sur le Bloc-notes de Bertrand Duperrin.